8 février 2025 - J'attendais
Feb 08, 2025«Avoir le sentiment depuis votre tendre enfance, de ne pas appartenir à ce monde veut clairement dire que vous êtes né ici pour aider à en créer un nouveau» - Moundir Zniber
Je crois que pendant longtemps c’était plus facile pour moi de penser que je venais d’ailleurs et que c’est ce qui expliquait le mal-être qui m’habitait de façon quasi permanente depuis aussi loin que je puisse me souvenir. Ensuite, j’ai résisté à mon incarnation. En fait, maintenant je peux dire qu’une partie de moi résistait à mon incarnation. Seulement une toute petite partie de moi, c’est juste qu’elle était drôlement bruyante et que par moment ça enterrait tout le reste. Alors j’ai attendu. J’ai attendu de me sentir mieux. J’ai attendu que l’amour se présente à moi. J’ai attendu d’enfin trouver ma voie ou ma voix. Je crois que j’avais partiellement conscience que ça me nuisait, mais... aujourd’hui, je vois bien mon pattern. Il y a cette partie de moi qui se projette toujours en avant, dans le futur, pour se sentir mieux… à la recherche de l’idéal… ce qui fait que je ne suis jamais vraiment dans le moment présent. Penser au futur m’éloigne de cet inconfort qui m’habite. Je fuis, je cherche à me remplir avec le rêve. J’ai réussi à produire plusieurs situations que je m’étais imaginées comme étant mon idéal et pourtant quand je m’y trouvais enfin, je ne me sentais pas mieux. «Coup donc, qu’est-ce qui cloche avec moi? Pourquoi je ne réussis jamais à être heureuse, et ce, dans tous les contextes?» Alors que je me retrouvais dans la scène que je m’étais imaginée et que le bonheur n’y était pas, je me mettais à déprimer et à m’apitoyer. «Je dois être défectueuse» me disais-je ou ce n’est pas ce dont pourquoi je me suis incarnée dans cette vie-ci. Je m’entendais penser ça et ça sonnait tellement faux. Comment je ne pourrais pas être ici pour être heureuse et vivre pleinement. Je ne le crois plus, je sais que je suis ici pour être heureuse, je suis ici pour contribuer à construire un monde de lumière et d’amour, c’est juste que mon pattern est tellement ancré depuis longtemps… c’est dur d’en changer. C’est devenu naturel pour moi de penser à ce qui me manque, plutôt qu’à ce que j’ai et à la chance que j’ai d’avoir tout ça. Je me suis mise à résister. Je sais que je gagnerais à me donner de l’amour et accepter que je suis en processus, mais… résister je connais ça, c’est le sentier le mieux dégagé. Je vois tous les autres sentiers, je souhaite profondément les emprunter, j’y fais quelque pas et hop je me réveille une dizaine de jours plus tard pour constater que je suis de retour dans mon vieux sentier. En plus des saisons, autant extérieures qu’intérieures, de la météo, autant extérieure qu’intérieure, il y a aussi mon cycle hormonal. Ça en fait dont ben des choses à garder dans notre ligne de mire et à apprivoiser. Est-ce que j’ai le droit de me décourager et de trouver ça trop parfois? Surtout quand on est une professionnelle de l’autosabotage. Mon petit saboteur est toujours là, caché dans le détour, à attendre un moment de faiblesse et hop on retourne dans le sentier battu, la fameuse zone de confort. Je voudrais dire que ça y est, maintenant j’ai compris, je vais y arriver cette fois-ci, je ne vais plus retomber dans l’inconscient et je vais me déjouer à temps. Je voudrais dire ça, mais ça ne serait pas sincère. J’ai décidé il y a quelques mois d’écrire un blogue qui s’appelle Humain.e.s en processus et lorsque je l’ai décidé, je n’acceptais pas encore totalement que j’étais moi-même en processus. Je voudrais être un modèle d’inspiration, construire ce nouveau monde, pareil comme ces gens qui m’inspirent tant. Malgré que je sache que ces gens sont aussi en processus et qu’ils ont fort probablement vécu des moments de blocages, de doutes, un syndrome de l’imposteur et qu’ils en vivent probablement encore aujourd’hui, je continue de me mettre toute cette pression. Au moment d’écrire ces lignes, je sais que je suis en processus d’accepter que je suis en processus. J’arrive de mieux en mieux à accueillir ces moments où je me sens écrasée. Ces moments où mes ombres sont au premier plan et que j’en oublie ma belle et grande lumière. Rêver c’est bien, aujourd’hui j’ai plus envie de marcher mes rêves.
La semaine dernière, j’ai fait quelque chose pour me ramener sur ce sentier moins fréquenté. Je m’étais encore une fois élancé sur cette même voie qui m’est si familière, cette voie express où j’ai l’illusion d’avancer plus rapidement, mais où en réalité je fais du surplace. J’étais sur le chômage depuis plusieurs mois, pensant que je partirais en quête spirituelle, en voyage dans ma van. J’ai pratiquement tout vendu et je me suis finalement retrouvée chez ma mère. Je m’y suis rapidement sentie mal, car j’étais en pleine face avec ce fameux pattern, mais piégée par les circonstances de la vie. J’avais conscience que je voulais fuir, mais pour aller où? Je ne pouvais plus reproduire encore ce cycle. Je suis partie à 18 ans en pensant que je serais plus heureuse ailleurs, je m’étais trompée, alors je me suis redirigée vers un autre endroit où le bonheur m’attendait enfin et devines quoi, je me suis aussi trompée, le bonheur n’y était pas. J’ai reproduit ce pattern environ 15 fois sur 20 ans. Dans le parcours, je suis revenue chez ma mère 2 autres fois. Cette fois-ci encore, après seulement quelques semaines, je ne me sentais pas à ma place. Au fil du temps, le mal-être arrivait toujours de plus en plus tôt. Là, je ne sais vraiment plus où aller pour trouver le bonheur. Le seul endroit que je n’ai pas encore vraiment essayé est tout au fond de moi. Si tu me connais, tu sais que ça fait déjà longtemps que je suis en quête de sens, tu ne sais peut-être pas que j’ai tourné en rond pendant 20 ans. Un peu comme un chien qui court après sa queue. Je me sentais piégée, je me sens encore piégée parfois. En fait, c’est cette partie de moi qui a envie de fuir qui se sent piégée parce que maintenant tout le reste se fait entendre de plus en plus fort. C’est là, ça crie fort, mais les yeux grands ouverts je fais le choix de regarder mon malaise. Je ne comprends pas tout du premier coup. Je ne comprends pas tout, point. Je comprends seulement ce que je dois comprendre et je veux faire confiance que tout se présentera à moi au moment opportun. J’ai quelque chose en moi qui cri de fuir et il y a aussi autre chose en moi qui dit calmement que ce n’est pas encore le temps de partir. Je suis dans cet entre-deux, cet espace-temps où je veux apprendre à savourer l’instant présent, le seul instant qui existe. Demain, quand je vais me réveiller, je vais me dire qu’hier j’ai vraiment fait de mon mieux et qu’aujourd’hui je vais recommencer. Hier c’était hier, je ne peux rien y changer, je peux seulement changer comment je me sens maintenant à propos d’hier. Bref, pour revenir à la semaine dernière quand j’ai pris conscience de mon retour sur cette voie express. La situation est, qu’après plusieurs mois sur le chômage, je me suis repris une très grande charge de travail au cégep, je trouve déjà la charge à temps plein lourde par moment et là je m’étais engagée à plus qu’une charge à temps plein en donnant un cours de plus à la formation continue. Les semaines qui ont suivi cette décision, j’ai reçu le message de ralentir à trois reprises. Je me sentais piégée, je me disais «OK, j’ai compris, je ne le referai plus, là je vais assumer et ensuite je vais ralentir», mais ça me remplissait de tristesse. Un matin, je me suis réveillée et une grande force m’habitait. J’ai eu une puissante révélation «et si j’avais du pouvoir pour changer cette réalité qui me remplit de tristesse dès maintenant!?» Je crois que c’était ce que l’on appelle l’intuition, je n’ai pas pris le temps de réfléchir et j’ai écrit à la personne responsable pour lui exposer ma situation. Quelques heures plus tard, je n’avais plus l’obligation de donner ce cours qui était de trop dans mon assiette. Je m’étais pris une plus grande charge pour que les choses avancent plus vite et soudainement je me sentais enchainée avec des boulets à chaque pied en train d’avancer dans du sable mouvant. Ferme tes yeux et essaie de ressentir cette sensation juste un court instant. Lorsqu’on m’a dit que je pouvais me désister, j’ai retrouvé mes patins et je me suis remise à glisser avec aisance, même que j’étais malade et que je me suis retrouvée guérie presque aussitôt. J’ai lu une citation dernièrement que je ne retrouve pas, je crois que c’était de Frédéric Lenoir, mais je ne suis pas certaine non plus. En gros ça disait «Laisse la vie faire ce qu’elle a à faire avec toi». J’ai compris qu’en tentant de diriger mon destin je me suis moi-même fait dévier de ma mission de vie. J’ai longtemps pensé que je n’étais pas ici pour faire ce que je ressentais devoir faire au plus profond de moi. En fait, je pensais que je ne devais pas être ici, c’était trop lourd. Maintenant, je veux croire que je fais exactement ce que je suis ici pour faire, à chaque instant. Lorsque je résiste c’est parce que je suis rendue-là dans mon processus. J’ai souvent entendu «ça ne sert à rien de tirer sur la carotte, elle ne poussera pas plus vite», même que je risque plutôt de la brusquer et de déranger sa croissance. Me mettre en action, un petit peu à tous les jours, va certainement finir par créer des changements. Ah oui, parce qu’il est là mon plus grand enjeu, j’ai toujours pensé qu’en changeant le décor je serais instantanément bien, heureuse, remplie de joie. Entre deux moments de résistance, j’ai pris conscience de ce que voulait dire «le bonheur c’est le chemin», la joie se cultive dans chaque instant. En ce moment, en écrivant ces lignes je cultive la joie, tout à l’heure en cuisinant mon granola, je cultivais la joie et un peu plus tard aujourd’hui quand je sentirai le vent froid de février sur mes joues je cultiverai la joie. Entre ces moments, j’aurai certainement des moments sur le pilote automatique puisque je suis encore en processus. Quand j’en prendrai conscience, je tenterai de me remercier d’en avoir pris conscience plutôt que de me taper sur la tête d’avoir encore repris le sentier battu.
Je suis fière d’avoir écrit un trentième texte, même si c’est seulement le deuxième que je publie parce que je suis convaincue d’avoir fait de mon mieux tous les jours de ma vie. Je voulais que les choses avancent vite parce que je ne voulais pas ressentir l’inconfort quand je ralentissais. Maintenant, j’ai l’impression que j’ai accès à une seule vitesse, la lenteur. Il n’y a que là que je me sens bien. Je regarde la vie défiler à grande vitesse en tentant d’avancer le plus lentement possible, c’est-à-dire en embrassant chaque seconde. J’attendais que le bonheur frappe à ma porte en le cherchant partout à l’extérieur de moi et le bonheur était là pendant tout ce temps, dans l’instant présent. Qui suis-je? Je suis ici et maintenant! OK, ça l’air facile dit d’même, mais je sais très bien que je vais m’enfarger de nouveau, plusieurs fois et c’est parfait comme ça!
Et toi, arrives-tu à savourer l’instant présent?
À quel moment est-ce le plus facile pour toi de vivre ici et maintenant?
Qu’est-ce qui te fait sentir enchainé parfois? As-tu du pouvoir pour changer cette situation?
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